Analyse de la
théorie des Universons
par Christophe Meessen
(12 déc. 2003)
INTRODUCTION
Avant toute chose, il me faut ici remercier Monsieur Poher, car même si son livre et sa théorie suscite des contestations, il a le mérite de nous faire réfléchir aussi bien sur les implications des voyages interstellaires que sur des principes fondamentaux, tels que la gravitation ou la force d'inertie. En ce sens son livre est donc une contribution très estimable et ce premier bénéfice est déjà acquis.
Personnellement, je ne vois aucune prétention excessive à vouloir proposer une
nouvelle théorie explicative de la gravitation. C'est une entreprise
parfaitement honorable et respectable qui devrait susciter des émules.
Si je crois avoir identifié des problèmes dans la théorie des Universons,
elles peuvent résulter d'une incompréhension de ma part. J'espère donc que
Monsieur Poher aura la patience d'apporter toutes les explications
complémentaires requises pour lever cette incompréhension.
Je tiens à l'assurer que ma démarche est essentiellement motivée par la
recherche de la vérité et qu'il peut compter sur ma parfaite honnêteté. Si
je devais être amené à devoir reconnaître mes erreurs, cela ne me poserait
aucun problème. J'espère pouvoir compter sur une prédisposition équivalente
de sa part.
LA THEORIE
Pour rappel, Claude Poher développe sa théorie dans le livre "Gravitation Les Universons énergie du futur", éd. du Rocher, ISBN 2-268-04789. La théorie est développée dans les chapitres 2 à 6 (p.97-144).
Il y postule l'existence d'une particule qu'il appelle
Universon. Elle peut interagir avec "des particules matérielles"
(p.103), mais Monsieur Poher n’a pas précisé ce qu'il entend par ce terme.
Nous supposerons qu'il s'agit des particules élémentaires (électrons,
quarks,...). Il
s’agit en tout cas de particules dont la masse au repos n’est pas nulle.
L'Universon se déplace dans le vide en ligne droite et à la vitesse de la
lumière. Il ne peut donc pas être au repos et n’a pas de masse au repos. Il
n'a que de l’énergie cinétique. Les Universons peuvent " pousser "
de façon infime la matière en interagissant avec elle, mais
ils doivent être insensibles à la charge électrique, sans quoi nous les
aurions détectés. Claude Poher ne précise pas s'ils peuvent interagir entre
eux. Nous supposerons donc qu'il n'y a aucune interaction mutuelle.
Poher écrit en page 100 que les Universons n'interagissent pas avec la lumière (photons). Pourtant l'action de la force de gravitation sur les photons est un effet bien connu. Comment expliquer alors cet effet ? Nous ferons pour l'instant abstraction de cette interrogation puisqu'elle n'intervient pas dans son exposé. Nous considèrerons que cela fait partie des aspects de cette théorie qui restent encore à développer.
Lorsque l'Universon traverse une particule matérielle son
voyage est simplement retardé d'un temps très bref (tau). C'est le temps de
son séjour dans la particule matérielle. Son énergie n'est pas modifiée par
cette interaction, mais sa trajectoire peut être modifiée en fonction
du comportement qu'avait la particule matérielle lors de l'interaction.
Si la particule matérielle est immobile, l'Universon
reprend sa route exactement dans la même trajectoire qu'à son arrivée, il
aura simplement été retardé par l'interaction. Si la particule matérielle se
déplace avec une vitesse et une direction constante, l'Universon fera un bout
de
chemin de durée tau avec elle. Sa trajectoire sortante sera alors parfaitement
parallèle à celle de son arrivée, mais sera décalée conformément au
déplacement induit par le séjour dans la particule matérielle.
Claude Poher justifie ces propriétés par la nécessité de respecter le principe d'inertie. (p.115) Un corps au repos doit rester au repos et un corps qui se déplace à vitesse constante, suivant une direction donnée, doit conserver sa trajectoire et sa vitesse aussi longtemps qu’il ne subit pas de force appliquée.
Pour respecter le principe d’inertie, il faut dès lors que l'interaction des Universons reste sans effet perceptible sur les corps matériels non accélérés. Si chaque interaction individuelle produit une infime "pression" sur la particule matérielle, cet effet sera annulé par des interactions d'Universons venant en sens opposé. Donc en moyenne, le corps matériel paraîtra immobile même s'il est continuellement traversé par des Universons dont une petite fraction interagit avec ses particules élémentaires.
Il est important de noter que si la distribution moyenne
d'arrivée et donc aussi de départ des Universons est parfaitement isotrope
(identique dans toutes les directions), alors la poussée résultante moyenne
sera nulle et la position de la particule matérielle restera inchangée. Le
principe d'inertie est ainsi respecté d’une manière parfaite, du moins
statistiquement.
Si l'Universon interagit avec une particule matérielle
ayant un mouvement accéléré, Claude Poher démontre que la trajectoire
sortante des Universons peut avoir un angle différent de celui de son arrivée
en plus d'être décalé. Le développement de cette idée est détaillé dans
le
chapitre 5 (p.125-134). Il apparaîtrait alors, selon son raisonnement, un cône
de non émission d'Universons dans la direction d'accélération.
En résumé, l'interaction des Universons avec des particules matérielles non accélérées est statistiquement sans effet et ceci en vertu du respect du principe d'inertie. Le seul effet significatif produit par les Universons ne concerne que les particules matérielles en mouvement accéléré.
S'il y a effectivement un cône de non reémission d'Universons dans la direction de l'accélération, cela implique qu'une force résultante de la composition des poussées des Universons apparaît. Cette force est alors orientée exactement dans la direction de l'accélération.
En effet, le flux entrant des Universons étant parfaitement isotrope (identique dans toutes les directions) toutes les poussées résultantes s'annulent. Par contre si la distribution des départs n'est pas isotrope les poussées résultantes du départ des Universons (si nous admettons l’idée d’un "recul" (p.105)) ne s'annule plus. Se sont uniquement les poussées induites par l'émission d'Universons en direction opposée au cône de non émission qui ne sont plus compensées et annulées. Ainsi une force induite par l'interaction des Universons apparaît et est parfaitement alignée dans la direction de l'accélération initiale de la particule matérielle.
Si la force résulte de la poussée exercée par les
Universons quittant la particule matérielle dans le cône opposé au cône de
non émission, la grandeur de la force sera proportionnelle à l'ouverture du
cône. Plus l'angle sera grand, plus la force induite par les Universons sera
grande. D'après les équations (5.19), (5-21)* et (5.22), on voit que l'angle
d'ouverture du cône est proportionnel à l'accélération initiale de la
particule matérielle.
En résumé, on peut identifier trois propriétés fondamentales de l'interaction des Universons avec la matière accélérée. La première est que la force induite par les Universons est toujours parfaitement alignée à la direction du mouvement accéléré. La deuxième est que la force induite par les Universons n'apparaît que si la particule matérielle a un mouvement accéléré. Elle n'a donc qu'un effet amplificateur d'accélération. La troisième est que ce facteur d'amplification n'est pas constant, il va lui même augmenter car l'effet est récursif. En effet la force induite par les Universons accentue le mouvement accéléré des particules matérielles, ce qui accentue l'ouverture du cône de non émission d'Universons et cela accentue à son tour l'accélération induite par les Universons.
DISCUSSION
Si ma compréhension de la théorie est correcte, plusieurs conséquences des propriétés des Universons présentée dans la section précédente me laissent perplexe.
A la page 134, dans le résumé du développement expliquant la création d’un cône de déficit d'Universons sortant, Claude Poher écrit "une force résultante s'exerce sur la matière, qui tend à s'opposer à son accélération. C'est la raison pour laquelle il faut pousser la matière pour l'accélérer".
Le raisonnement qui a conduit Claude Poher à cette
proposition est résumé au bas de la page 132. Comme il n'y a que des
Universons incidents dans un cône qui entoure le vecteur accélération, il y
aura une force résultante de la poussée de ces Universons dans la direction
opposée à la direction de l'accélération. D'où l'idée de l’existence
d'une force qui "s'opposerait à l'accélération". Cela semble rendre
compte de l’inertie.
Mais comme nous l'avons vu, c'est le contraire qui se produit. La poussée induite par les Universons incidents s'annule car ce flux est isotrope. Seul le flux de départ n'est pas isotrope et produit donc une force résultante qui est orientée dans la direction du mouvement accéléré.
Donc les Universons ne produisent pas une force s'opposant à l'accélération. Bien au contraire, la force résultante accentue le mouvement accéléré. Ainsi la théorie des Universons n'explique pas du tout l'inertie et est même en contradiction avec cet effet.
On remarquera que l'explication proposée par Claude Poher pour l'effet d'inertie est également en contradiction avec l'explication proposée au chapitre suivant pour la gravitation.
Dans ce chapitre 6 (p.139-141) Claude Poher explique comment les Universons peuvent être à l'origine de la force de gravitation. Cette fois, du point de vue de l'orientation des forces, l'analyse est conforme à ma compréhension. Néanmoins le raisonnement de Claude Poher me laisse perplexe.
Si on considère deux masses relativement proches l’une
de l’autre, baignant dans le flux des Universons libres, Claude Poher écrit
que " quelques-uns de ces Universons libres sont capturés par chacune des
masses. Par conséquent, le flux d’Universons libres qui est reçu par
chacune des deux masses n’est pas exactement isotrope. En effet des Universons
sont prélevés au cours de la traversée de la matière de l’objet voisin.
" (p.140).
Les notions de "capture" et de
"prélèvement" sont en contradiction avec ce qui a été expliqué
précédemment. En effet, les Universons ne sont que très brièvement
retardés. Ils peuvent aussi être déviés et produire un effet équivalent à
un prélèvement, mais seulement dans la direction d'un mouvement accéléré.
Aux pages 140 et 143 on peut lire que Poher semble croire que c'est la capture
des Universons durant un temps très bref qui induirait le déficit temporaire
initial des Universons générant ainsi "l'ombre" de la masse. Mais ce
déficit n'est que temporaire et très bref. En moyenne
l'autre masse ne verra aucun déficit d'Universons, puisque le flux cosmologique
est continu. La particule matérielle immobile agit comme une simple ligne à
retard. Le flux moyen des Universons entrant et sortant reste parfaitement
isotrope conformément à ce que requiert le
principe d'inertie.
Ainsi cette capture très brève des Universons ne peut générer aucune accélération pour une particule de matière immobile. Les Universons ne peuvent qu'amplifier un mouvement accéléré qui doit donc préexister.
Dans son analyse de la théorie des Universons, mon père avait déjà attiré l'attention sur ce point. Si les deux masses sont immobiles, il n'existe pas de mouvement accéléré de matière que les Universons peuvent amplifier. C'est illustré par l'exemple de la personne assise sur une chaise (http://www.meessen.net/AMeessen/Universons.pdf).
Claude Poher propose alors dans sa réponse une nouvelle explication qui ne fait qu'accentuer ma perplexité (http://www.ufocom.org/pages/v_fr/m_sciences/Reponse_de_CPoher.pdf). Tout corps matériel est constitué de particules élémentaires : "Ce sont ces particules élémentaires qui interagissent avec le flux d’Universons. Ce sont elles qui ne reémettent pas les Universons de manière isotrope quand elles sont accélérées. ET elles sont sans cesse accélérées. Simplement, dans l’interaction gravitationnelle, la moyenne macroscopique des myriades d’accélérations élémentaires n’est pas nulle."
En effet, même si un corps est immobile, on peut admettre
que les particules élémentaires qui la composent sont constamment en mouvement
et qui plus est accélérés. Notez que Poher ne précise pas l'origine de cette
accélération, nous devons supposer que c'est l'action résultante
des forces électromagnétique ou fortes. Ce qui pose problème dans cette
explication est la dernière phrase.
Si on considère les interactions des Universons avec un corps matériel composé de myriade de particules élémentaires accélérées comme le suggère Claude Poher, l'interaction des Universons avec ces particules devrait générer des forces dont la résultante agirait sur tout le corps.
Mais si le corps matériel est isolé et immobile, la force résultante doit être nulle conformément au principe d'inertie. La composition de toutes les accélérations des particules élémentaires et donc des forces impliquées doit être nulle.
On remarquera qu'il n'est pas nécessaire que la trajectoire des Universons entrant et sortant soit identique. Il suffit que le flux moyen d'entrée et de sortie des Universon soit isotrope pour que le principe d'inertie soit respecté.
On en déduit donc que les accélérations des particules élémentaires ne peuvent pas être à l'origine de l'accélération initiale requise pour faire apparaître la force induite par les Universons interprétée comme la force de gravitation. Le mouvement accéléré initial doit avoir une autre origine et Poher ne nous a pas encore présenté d'explication satisfaisante à ce sujet.
La théorie des Universons proposée par Claude Poher nous
conduit à un autre paradoxe. Si on admet l'existence d'un mouvement accéléré
initial, selon l'explication donnée en page 140 il serait alors amplifié par
l'effet des Universons. Cette amplification résulte de la récursivité de
l'action des Universons sur l'accélération. C'est un effet d'auto-amplification
de la force accélérant la particule matérielle. Cet effet est cumulatif et
donc divergent. La force résultante que Monsieur Poher identifie comme étant
celle de la gravitation devrait même croître
de façon exponentielle !
Or, il devrait alors en résulter une très grande
instabilité de la distribution de la matière dans l’Univers, puisque la
moindre accélération sera amplifiée exponentiellement par l'effet des
Universons. Pourtant nous ne voyons aucune manifestation d'une telle
instabilité. De même aucun mouvement d'accélération constante serait
possible. L'interaction des Universons l'amplifierait immédiatement et ceci de
façon exponentielle !
Enfin, durant toute cette discussion nous avons supposé
que le principe de l'apparition d'un cône de non émission des Universons en
direction de l'accélération était valide. Et nous avons ainsi passé en revue
un certain nombre de difficultés qui peuvent en découler. Mais il faut
rappeler ici que mon père conteste la validité de ce principe fondamental qui
est à la base de toutes les propriétés remarquables des Universons. Je vous
invite à prendre connaissance de la justification de cette objection
fondamentale qui est décrite dans l'article donné en
référence plus haut.
CONCLUSIONS
La théorie des Universons proposée par Claude Poher dans son livre présente au moins dans son état actuel des incohérences. Elles apparaissent même si on accepte l'idée d'un cône de non émission d'Universon pour les particules matérielles accélérées.
La théorie n'explique pas la force d'inertie qui est la force qui semble s'opposer à la poussée d'un corps. Bien au contraire, elle prédit un renforcement exponentiel de l'accélération par l'action des Universons. Or ce renforcement n'est pas compatible avec ce que nous observons. De plus, il en résulterait une très grande instabilité de la distribution de matière composant l'Univers.
Pour expliquer la force de gravitation par l'interaction des Universons, il est nécessaire d'avoir un mouvement accéléré initial d'au moins une des masses en direction de l'autre masse. Cela ne permet donc pas d'expliquer la force de gravitation qui apparaît entre deux corps matériels adjacents et immobiles et cela d’une manière qui soit conforme au principe de l’action et de la réaction. De plus, aucune explication satisfaisante n'a été proposée pour justifier le mouvement accéléré qui doit préexister pour que l'action des Universons puissent se manifester.
Par ailleurs, mon père conteste la validité de la démonstration de Claude Poher selon laquelle il déduit qu'il doit exister un cône de non émission d'Universon dans la direction d'accélération de la particule matérielle. Malheureusement son argumentation n’est pas facile à comprendre pour ceux qui ne connaissent pas la théorie de la relativité.
L’analyse que j’ai résumée ici et qui est basée sur
une réflexion personnelle et indépendante de celle de mon père, me conduit
cependant à la même conclusion. Cette théorie n'explique ni la force
d'inertie, ni la force de gravitation et ses implications sont en contradiction
avec
ce que nous en connaissons.
Je tiens également à souligner que mon analyse ne
requiert aucune connaissance préalable particulière. Elle résulte d'une
analyse qui je pense a été rigoureuse et objective sans prétention d'être
complète ou définitive. Certains éléments de la théorie peuvent en effet
avoir
échappés à ma compréhension ou être encore incomplètement développés.
Si une erreur d'interprétation ou de compréhension de ma
part devait remettre en question mes conclusions, je souhaiterais pouvoir
clarifier cela assez rapidement par respect pour Claude Poher, l'inventeur de
cette théorie. Une telle discussion sera le plus efficace si elle est
sereine, constructive et surtout respectueuse des personnes impliquées. Claude
Poher semble partager cette opinion.
PS: Claude Poher regrette que mon père ne porte pas plus d'attention aux confirmations expérimentales de sa théorie. Mais si la théorie est incohérente, cela ne présente aucun intérêt. Ces confirmations ne sont que des coïncidences.
* Remarque, suite à une objection parue sur les liste
Magonie et OVNI-SCIENCES:
L'équation 5-21 est la suivante :
phi^2 = 2 A tau / c
J'en ai déduit un peu vite que l'angle dépend de l'accélération ce qui pose
un problème évident (malheureusement pas pour moi au moment d'écrire le
texte). En relisant le texte, je vois en effet que cette équation ne reprend
que les deux premiers termes d'un développement en série de cos phi. Ainsi
cette équation n'est valable que si phi reste très petit. C'est d'ailleurs
compréhensible car l'angle ne peut augmenter indéfiniment comme l'accélération.
Ce que j'ai écrit n'est donc valable que dans le domaine des petits angles.
Il semble en effet que l'évolution de l'accélération serait alors plus proche
d'une forme sigmoïde. Le départ serait bien conforme à une exponentielle mais
elle serait amortie pour converger vers une asymptote. Il y a bien une
erreur à ce sujet là dans mon analyse. Je remercie la personne qui me l'a
signalée (tioneb@globetrotter.net).
Christophe Meessen
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