Le 9 janvier 1999
Web-posté à 20:36 EST (0136 GMT)
SAN FRANCISCO (Reuters) -- Dans la série "X-files", il aurait été appelé "le cas du "CEO" et de l'"UFO" ".
[ CEO pour Chief Executive Officer / Directeur
Général. UFO pour Unidentified Flying Object / OVNI bien sûr !
]
Joe Firmage, qui, à l'age de 28 ans, s'est construit une fortune
de 2 millions de dollars comme pionnier de l'informatique dans la
Silicon Valley, a quitté la compagnie de 2 milliards de dollars
qu'il avait co-fondé pour promouvoir ce qu'il appelle
"l'événement le plus important en 2000 ans" -- sa
croyance en l'origine extra-terrestre de la plupart des avancées
scientifiques d'aujourd'hui.
"Pourquoi un jeune directeur général (CEO) en pleine
réussite irai risquer sa réputation avec quelque chose d'aussi
abracadabrant ?" commenta Firmage pour le journal Saturday's
San Francisco Chronicle en annonçant son départ de USWeb/CKS,
une entreprise de marketing et consulting Internet située à
Santa Clara en Californie.
"Parce que je crois vraiment en cette théorie. Et je suis
dans une position unique pour transmettre un message de la plus
haute importance. J'ai l'argent, la crédibilité, les bases
scientifiques et la foi."
Firmage a été surnommé le "Fox Mulder de la Silicon
Valley" selon le hero de la série télé
"X-files", et ses propres croyances ressemblent
étrangement au mélange obscur de contacts ET et de conspiration
gouvernementale qui fait le coeur de la série.
Epaulé par ses énormes moyens, Firmage cherche à prouver de
nombreuses théories au sujet des OVNI. Dont celle qui prétend
que les nombreuses avancées scientifiques dans le domaine des
semi-conducteurs, des fibres optiques et des lasers seraient la
conséquence du prétendu crash de Roswell (Nouveau Mexique) en
1947 dont le gouvernement nie l'existence.
Le refus définitif de l'évidence, sans un examen étendu des
recherches publiées dans de nombreux ouvrages, est étroit
d'esprit, non scientifique et irresponsable au plus haut
point," écrivait Firmage dans un récent article.
"Il est compréhensible que des décennies de
désinformations (qu'elles soient justifiées ou pas depuis le
début) par le gouvernement ont été menées afin de créer
cette atmosphère de dénigrement du sujet."
La crédibilité de Firmage comme ufologue est renforcée par ses
qualités d'entrepreneur dans l'industrie de l'informatique.
Etudiant brillant en physique à l'Université de l'utah, Firmage
avais 18 ans quand il a créé sa première entreprise, Serius,
qui était spécialisée dans l'écriture de codes pour systèmes
d'exploitation d'ordinateurs. Elle fut vendu à Novell en 1993
pour 24 millions de dollars, et Firmage devint le vice-président
du secteur "stratégie de la gestion de réseau"
(networking strategy) chez Novell. Il quitta la compagnie en 1995
pour créer USWeb.
Cette entreprise, chargée d'aider les entreprises à développer
leur stratégie Internet, fusionna avec CKS Group Inc. le mois
dernier pour former un pole dynamique de 2.1 milliards de dollars
employant 1950 personnes.
Toutefois, pendant la fusion, Firmage fut écarté de son poste
de directeur général par le conseil de direction qui voyait
d'un très mauvais oeil son penchant pour les OVNI. Aujourd'hui
Firmage affirme qu'il a quitté l'entreprise pour se consacrer à
ses croyances.
"Je vous assure que la compagnie ne m'a gêné en
rien," dit Firmage au journal Chronicle, ajoutant qu'on ne
l'avait pas poussé à démissionner de son poste de directeur de
la stratégie.
Robert Shaw, qui a pris les rennes de USWeb/CKS comme directeur
général, affirme que Firmage lui-même a suggéré le
changement "étant donné l'état du marché associé aux
intérêts extérieurs".
"Joe est un visionnaire et il doit être fier de ce qu'il a
accompli. Ce changement devrait démontrer au public et aux
employés qu'il a toujours placé l'intérêt de l'entreprise en
premier," raconte Shaw au journal.
Firmage a déjà mis en place les bases d'une campagne de
publicité autour de ses croyances. Il a créé
l'"International Space Science Organization" pour
promouvoir son point de vue, engloutissant 3 millions de dollars
dans une tentative surnommée "projet Kairos" visant à
préparer l'humanité au contact extraterrestre. Il a aussi mis
en ligne un manifeste de 600 pages intitulé "The
Truth" (la vérité) sur son site web
(www.thewordistruth.org).
Firmage a inclus dans "The truth" de nouveaux documents
dont la source, qu'il nomme le "Gorge Profonde du
Cyberspace" ("Deep Throat of Cyberspace"), appuie
ses théories sur les extraterrestres, d'après Firmage.
Un des documents est un prétendu mémo de 1947 du Président
Harry Truman adressé au Secrétaire de la Défense James
Forrestal qui fonde une organisation secrète du gouvernement des
Etats-Unis surnommé "Majestic 12" pour enquêter sur
les créatures extraterrestres.
Un autre document est une lettre de juin 1947 écrite
supposément par Albert Einstein et Robert Oppenheimer à
l'attention du scientifique Vannevar Bush qui donne des conseils
sur la façon de traiter avec des visiteurs ET.
Le départ de Firmage de USWeb/CKS a été accueilli par des
haussements d'épaules par de nombreux collègues de la Silicon
Valley, qui se moquent depuis longtemps de ses croyances
fantaisistes.
"J'ai rencontré un grand nombre de pionniers de la Vallée
et ceux que je connais ne sont pas des E.T.," dit John
McLaughlin, un historien de la Silicon Valley. "La Vallée
s'est construite sur l'ingéniosité et le dur labeur."
Même l'Institut SETI (Search for Extraterrestrial Intelligence /
Recherche d'Intelligences Extraterrestres), qui est
l'organisation "officielle" de la Silicon Valley au
sujet des OVNI, ne se range pas dans le camp de Firmage.
L'Institut SETI est, rappelons-le, financé en partie par des
poids-lourds des hautes technologies comme Microsoft,
Hewlett-Packard et Intel.
"On a confirmé à plusieurs reprises que l'affaire Roswell
n'était rien de plus qu'une expérience militaire," raconte
Frank Drake le Président de l'Institut SETI au journal
Chronicle. "Elle est constamment exploitée par des
obsédés qui veulent y croire. Si ce n'est pas le Père Noël,
ce sont les extraterrestres."
Toutefois Firmage est resté imperturbable devant le manque de
soutiens du milieu des hautes technologies.
"On est encore dans une société à la mentalité
rétrograde, et je suis là pour prouver que ma théorie est
réelle," dit-il au journal.
Traducteur : Christophe Huguet
Retour au menu